air claquos one

L’avion vole au-dessus des Hespérides (je ne suis plus sûr du nom exact des îles du nord-ouest de l’Ecosse alors autant leur donner un lustre mythologique)(renseignement pris, les puristes préfèrent les nommer les Hébrides), morceaux de bois calcinés flottant sur la mer bleu sombre, je les observe à travers le hublot que commencent à moucheter de petites étoiles de gel tels les pistils sur lesquels soufflait la dame en couverture du gros dictionnaire illustré Larousse de mon père, bref je regarde la terre d’en haut en attrapant la part de camembert sur mon plateau-repas, mais le fromage s’échappe de ma main et part rouler quelque part sous le siège de ma voisine autant qu’une part triangulaire de fromage au lait même pas cru puisse rouler. Ladite voisine sexagénaire constate mon désarroi, je tends rapidement le bras à tâtons sous son siège dans l’espoir d’un sauvetage éclair, sans succès. Elle et moi comprenons alors, sans mot dire, que le niveau d’intimité entre nous, jusqu’ici strictement délimité par un accoudoir que j’accapare sans vergogne, pourrait atteindre rapidement des sommets inattendus : pour accéder au fromage tant désiré, il me faudrait plonger sous le siège de ma voisine ménopausée pendant qu’elle relèverait sa tablette tout en tenant son plateau à bout de bras. Je me retrouverais alors dans la délicate position de l’autruche apeurée, la tête équivoquement positionnée sous son corps, tout en exposant à la vue de tous et de toutes la naissance de mon séant en raison de cette coquetterie un peu ridicule qui me pousse encore à acheter, à quarante ans révolus, des jeans slims à taille assez basse. Pendant que j’imagine la scène avec angoisse, je vois sur son écran qu’elle écoute Zaz, et décide qu’il n’est décidément pas question que notre relation s’érotise plus avant. Je lui signifie d’un air faussement débonnaire que tant pis, c’est trop loin, ne vous donnez pas la peine de vous déranger, merci bien madame.
A l’heure où j’écris ces mots, alors qu’une étrange croix de rocs et de neige balafre l’Islande, le malaise n’est pas tout-à-fait dissipé. Il reste 6000 kilomètres.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s