another sunny day

Et tu vas me dire ouais tu pourrais donner des nouvelles quand même, ou des anciennes à la limite mais enfin faire un signe et pas le mort comme ça depuis que tu es parti depuis que tu es revenu et je te dirais que c’était bien mon intention avant-hier soir jusqu’à ce que mes jointures usées ne tombent dans le sommeil en tout début de soirée, et au lieu de me réveiller en pleine nuit sur le canapé devant la mire (ah non c’est vrai, y’a plus la mire, ils nous ont même pris ça) le téléphone m’a réveillé avant que le jour ne change de nom, ne panique pas mais il faudrait que tu viennes à Debré, forcément je panique un peu quand même et je dis quoi, encore Debré, je raccroche, je met mes chaussures, j’enlève mes chaussures, je mets des chaussettes, puis re-mes chaussures puis j’enlève le tout à nouveau pour pouvoir troquer mon pantalon de pyjama contre un vrai pantalon, enfin bref je suis un peu confus, je finis par arriver aux urgences pédiatriques où je retrouve mon fils pimpant, attendant son tour (le point commun entre l’hôpital et l’armée, c’est l’apprentissage de la patience), il a bien la joue gauche un peu gonflée et une voix un peu pas pareille mais enfin rien de visuellement violent comme sa tête de chow-chow du mois dernier, et on me raconte ce qu’il a fait une heure avant, la paralysie faciale les tremblements erratiques la bave la bave, vingt minutes d’ailleurs, incontrôlable, il ne pouvait plus parler mais il essayait d’écrire

Vingt heures de consultation, d’examens et surtout de vide à combler plus tard on pose enfin des mots presque rassurants par leur seule existence même, figure-toi que c’est assez courant en fait, figure-toi que les urgences pédiatriques sont pleines de gamins de cet âge qui s’offrent parfois une petite crise convulsive, que savez-vous en fait sur l’épilepsie, j’ai failli répondre il a grandi en écoutant Joy Division, il appelait ça le monsieur triste, mais ça n’a rien à voir, ça ne reviendra peut-être jamais et si ça revient ça ne devrait pas être plus spectaculaire que ça, pas de traitement de fond d’ailleurs, juste une fiole de valium à administrer par voie anale avec la seringue ad hoc, tout un poème, et je me dis quand même, la pharmacopée familiale commence à prendre de l’envergure, entre le shoot d’adrénaline et le valium dans le cul y’a moyen de faire le con, bref, rien de très immédiatement grave, soulagés on a même accepté lorsque l’infirmière, sans doute heureuse de voir autre chose qu’une petite fille cassée en mille morceaux ou un bébé infoutu de respirer, se pointe avec une paire de croc’s vert pomme, tiens luca prend-les si tu veux on en a plein, oui on a même accepté les croc’s, te dire si ça allait mieux, il m’a regardé pour l’approbation et j’ai dit oui tu peux les prendre si elles restent chez ta mère, comme quoi je commençais à être moins confus, hier soir j’ai ri, trop bu et tant dormi, et réalisé que Ian Curtis s’était pendu un 18 mai.

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