pendant ce temps-là, à Santa Cruz

L’avantage du jet-lag, c’est qu’aux États-Unis je parviens enfin à être matinal.
L’inconvénient, c’est que cette matinalité consiste principalement à mater Big Bang Theory à 4 heures du mat’ en me gavant des (délicieuses) productions de la Pacific Cookie Company arrosées de café confectionné en concentrant les trois dosettes disponibles sur une seule tasse – une astuce gustativement insatisfaisante.
Santa Cruz c’est une sorte de Babylone californienne, l’énergique serveuse m’expliquait hier en remplissant mon verre de vin blanc pour la cinquième fois (ce qui ne manqua pas de créer avec cette aimable sexagénaire aux joues rouges un lien certes fugace mais amicalement et viticolement prolifique) que dans les années soixante on ne croisait guère que des retraités et quelques surfeurs à Santa Cruz, alors qu’aujourd’hui il faut ajouter à ce mélange déjà fort hétérogène toute une bande de vieux hippies scotchés depuis 1971 aux acides, les yuppies de la Silicon Valley venus acquérir à prix d’or des vieilles bicoques en bois pourri, les monocyclistes dotés de guidons miniatures fixés à leur selle qui leur donnent l’air de s’agripper à leurs parties intimes, les chicanos s’étant fait tatoué l’intégralité des Frères Karamazov sur le dos (je ne puis certifier qu’il s’agisse bien des Frères Karamazov, je n’avais pris que mes lunettes de soleil et j’étais trop apeuré pour m’approcher de ces musculeuses calligraphies), bref c’est un joyeux bordel, un peu comme si on avait greffé le Cap-Ferret au milieu de Royan, ou Paimpol au milieu du Havre, ou (bref t’as saisi l’idée), mais enfin j’ai pu tremper mes pieds dans le Pacifique avant de rentrer au resort qui sent bon le lilas et la résine.

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Les téléphones de l’hôtel ont exactement la même sonnerie que ceux du CTU, si quelqu’un m’appelle dans ma chambre il se pourrait que je réponde Jack Bauer avec ma voix d’Annie Girardot imitant Fanny Ardant imitant Dark Vador, l’ambiance est un peu étrange ici, un peu something’s got to give mais sans Marilyn, toutes ces boîtes renouent avec de gros profits sans vraiment comprendre pourquoi, seuls les chinois s’en foutent, les chinois visitent la Californie en futurs propriétaires des lieux, personnellement je m’en tiens à ma bande d’européens plus intéressés par la Napa Valley que par la Silicon Valley, ce soir wine tasting sur la plage de Capitola, c’est joli aussi comme nom, Capitola, comme quand on capitule devant le paquet de Pépito en sirotant une téquila capiteuse.

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