le petit élastique, là

C’est peut-être une habitude d’alcoolique qui s’ignore de voir toujours le verre à moitié plein, et c’est pas toujours un cadeau crois-moi, ça attire aussi les emmerdes et les fâcheux, mais je vois plutôt le bon côté des choses et des gens, sans altruisme aucun (l’altruisme ça n’existe pas) mais sans trop me forcer, sinon on se flingue tout de suite et ça ne serait pas si grave n’est-ce pas, d’ailleurs je crois que le cœur du système c’est ça, la manière d’appréhender la mort, qui détermine la manière d’être au monde, ma mère y pense chaque seconde et a peur de tout (heureusement c’est contre-balancé par une force motrice paysanne qui fait que même terrorisée, elle avance), pour mon père je crois que la mort n’existe pas de manière concrète parce que ses propres parents étaient déjà morts pour lui bien avant leur mort, et c’est encore plus déstabilisant que d’avoir peur de tout, je crois, de ne pas savoir où porter sa peur, il ne faut pas se tromper de colère, je commence à dire ça à mon fils il ne faut pas se tromper de colère, je m’égare, moi donc la base de mon système c’est qu’à chaque fois à chaque fois qu’un métro entre dans la station je pense ne serait-ce qu’un centième de seconde que je pourrais très bien me jeter dessous, que ça serait facile de créer un incident passager sur la ligne 9 et ça n’est pas triste du tout ça me fait plutôt du bien, ça ne m’angoisse pas le moins du monde, pendant longtemps j’ai cru que je voyais dans cette liberté une échappatoire possible, qui fait que rien finalement n’est vraiment grave puisque tout peut s’arrêter sur commande, et que la joie qui suivait cette pensée venait de cette possibilité offerte, mais maintenant je sais que je me trompais, que ça n’est pas cela qui me fait sourire quand le métro entre dans la station, que c’est plutôt de constater qu’un truc, absolument merveilleux, inimaginable, illogique quand on pense à disons-le la condition humaine qui reste quand même à se flinguer, un truc donc, un élastique, me retient au quai, un truc solidement ancré dans le reptilien qui fait que je n’ai absolument aucune envie de sauter, qui fait que je crois en l’inconnu, je trouve ce truc assez jouissif, je ne sais pas bien quelle étiquette poser dessus, ce truc m’instille l’espoir et la confiance qu’il va aujourd’hui se passer quelque chose qui justifiera l’effort de se lever de ce lit douillet, et force est de reconnaitre qu’il y a chaque jour quelque chose qui le justifie et qu’à la fin d’une journée, d’un hiver, d’une histoire, ça valait la peine, toujours.
(mais quand il faut se lever à 5 h pour s’envoler à Nuremberg, c’est vachement plus dur)

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