les années collège

Il y a une fille comme ça qui m’a marqué en sixième, je me souviens même de son nom alors que je ne me souviens du nom de personne au collège, j’ai détesté le collège, bref, donc cette fille, j’étais assis à côté d’elle par hasard en français, elle était incroyablement posée et mature elle, elle m’impressionnait pour tout dire, mais souvent un gros masque de tristesse, je ne savais pas pourquoi jusqu’à la première fois où elle l’a fait, elle l’avait déjà fait (on me l’a dit après mais je ne le savais pas sur le coup), soudain au milieu du cours de français elle regarde droit devant elle où il n’y avait rien, rien que le mur, elle se met à trembler, elle devient livide et commence à ânonner, d’abord je n’entend rien et ses yeux s’embuent et elle dit plus précisément tout doucement – moi seul entend d’abord – elle dit papa, elle dit y’a papa, elle avance la main, elle hyperventile, j’étais terrorisé, j’avais dix ans j’étais terrorisé et je le serais peut-être encore aujourd’hui, et elle dit de plus en plus fort les yeux plantés dans le mur y’a papa il est là, maintenant toute la classe l’entend et se fige dans un silence comme éberlué et respectueux de cette irruption violente d’un gros caillot de réel, elle devient toute rouge, son bras tremble de plus en plus, elle se met presque en colère mais sans regarder personne que le mur mais enfin vous ne le voyez pas y’a papa juste là, elle pleure à grosses larmes maintenant, et enfin elle s’effondre sur sa table, vidée, la prof vient lui parler, la secourir, et l’emmène doucement à l’infirmerie, plus tard on nous explique qu’elle venait de perdre son père et elle avait des hallucinations, des moments où ça n’était plus possible, où ça n’était pas supportable, ça s’est répété plusieurs fois pendant quelques mois avant de disparaitre, l’heure d’après elle allait bien presque comme amnésique, je l’espère pour elle l’amnésie de ces moments-là, et tous les gros durs de la classe – et il y en avait c’était une sale classe – tous les gros durs ne l’emmerdaient jamais et la protégeaient même peut-être un peu, en douce.

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