cause i’m worth it

Quand j’étais petit, j’arrêtais pas de mentir.
Je pensais à ça, enfermé dans un bocal surchauffé face à mon nouveau chef en train de faire mon entretien de fin d’année, c’était ubuesque vu qu’il est mon chef depuis deux semaines donc le bilan 2009 c’est pas fastoche pour lui de statuer dessus, mais ça m’a pas empêché de lui faire la grande scène du deux sur mes compétences/ma motivation/ma charge de travail supposées tout ça pour réclamer un beau chiffre rond en brut annuel correspondant à une augmentation assez délirante au vu de mes compétences/ma motivation/ma charge de travail réelles, et je mentais tu peux pas savoir à quel point, en vrai je vais pas claquer ma dem’ si j’ai rien, limite je m’en fous, j’ai d’autres trucs à espérer là tout de suite de l’existence, mais j’en faisais des caisses, du grand Actor’s Studio à faire chialer James Lipton, comme quand j’ai négocié un télétravail inédit à l’échelle du groupe en racontant que la mère de mon fils allait l’emmener limite le kidnapper là-bas loin en province et vous vous rendez compte madame (à l’époque c’était une madame)(c’est plus facile à manipuler la madame quand t’es un garçon)(surtout quand tu lui dis que les autres madames sont rien que des méchantes, elle adore), vous vous rendez compte, vous avez des enfants vous aussi, vous me comprenez, je ne le verrais plus sinon, madame, à la fin elle avait les yeux embués je te jure, une semaine après j’avais mon télétravail signé, deux semaines après elle était virée.
Je me suis rendu compte que je ne mentais plus qu’au boulot.
Je ne sais pas à quel moment on arrête mais on commence tous bien tôt, il parait que tous les gosses s’avèrent de puissants mythomanes, je n’étais pas le seul ne mens pas toi aussi tu t’inventais une vie des amis des secrets de quoi crâner, le mensonge comme première expérience de la liberté disait je-ne-sais-plus quel psy (je crois que c’est dans le dernier Darrieussecq ou alors je confond), de l’imagination appliquée au réel pour le modeler à volonté quand il l’est trop, réel.
Je ne sais pas à quel moment on décide de ne plus se mentir qu’à soi-même, ni surtout quel raisonnement tortueux laisse croire que ça prête moins à conséquence, alors même que et d’une j’aimerais bien arrêter de me raconter des bobards, et de deux le monde est plein de gens qui n’attendent que ça, qu’on leur mente.
J’espère que mon chef fait partie du lot.
Parce que j’avoue, quand je disais que limite je m’en fous d’avoir une énorme augmentation, je mentais un peu.

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