filio mio

Mon fils, mon chéri,
Il faut que tu saches, au début j’écrivais ce blog par pur souci narcissique, ce qui constitue une aspiration très commune, après tout le monde méritait bien de tout savoir de ma vie passionnante.
Et puis j’ai continué au-delà de ce stade où normalement les blogs s’arrêtent parce que l’auteur un brin humilié se rend bien compte que son narcissisme n’intéresse personne, hormis des fâcheux et quelques proches qui ont l’amabilité de le lire, ou qui ne veulent pas être pris en flagrant délit de l’avoir ignoré (« comment ça t’as pas su que j’avais un ongle incarné, mais enfin, j’en ai fait quatre feuillets sur mon blog, et avec des supers photos en plus ! »), ou qui se disent qu’il y a peut-être quelques détails croustillants à y trouver, des choses qu’on ne se dit pas de visu entre proches mais, va savoir pourquoi, qu’on écrit à la terre entière, bref, tout ça n’est pas très passionnant et on s’en rend douloureusement compte et on met un terme à cet exhibitionnisme chronophage et on revient à des passe-temps plus essentiels à l’enrichissement de l’âme humaine comme par exemple mater l’intégrale des Maçons du cœur une bière à la main.
Donc je me suis demandé pourquoi je continuais et j’ai réalisé que c’était essentiellement pour toi, mon fils mon chéri, pour qu’à un certain âge que je n’ai pas encore déterminé mais qui viendra trop vite, tu puisses savoir deux-trois choses sur ce paternel que tu détesteras alors parce qu’il en va ainsi, des choses que j’aurais oublié alors, qui ne seront plus moi, des reliquats d’une autre personne, d’un autre temps, mais un temps que tu auras partagé, sans parfois tout comprendre.
(Oui, ça reste narcissique, je sais, mais je vais te dire, on n’en sort pas du narcissisme, l’altruisme ça n’existe pas, pas du tout, et si les gens font des enfants, c’est pour ne pas mourir tout à fait).
Or aujourd’hui je dois te dire quelque chose d’important, mon fils, mon chéri.
Quand, malgré mes recommandations incessantes, tu laisses dans les poches de tes pantalons sales des mouchoirs qui après être passés à la machine à laver viennent consteller d’un million de petites chiures blanches toute une semaine de fringues, nécessitant de ma part une bonne heure d’inspection minutieuse pour les en retirer, à ce moment-là, mon fils mon chéri, je te le dis tout net, je te collerais bien en pension, comme me disait ta grand-mère à ton âge.
(Pour de rire hein, et elle aussi me le disait pour de rire et j’avais pas peur, même quand j’avais vraiment fait une grosse connerie, seulement elle, elle y a vraiment été en pension, chez les sœurs comme on dit, crois-moi en vrai c’est pas tes sœurs, méchantes comme des teignes elles étaient, elle en est ressortie anorexique à moitié morte, à une époque où ça ne faisait pas la une des magazines, l’anorexie, c’était une pionnière la grand-mère, alors quand elle disait ça, et elle me l’expliquait heureusement, c’était une manière de relativiser la connerie, et un peu pour gueuler a posteriori contre ses parents, aussi).
Mais putain, les mouchoirs, bordel !

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