le tout, c’est d’en sortir

C’est étrange d’avoir autant détesté une ville, où l’on a grandi, où l’on étouffait, et de devoir admettre, ensuite, après tout (ou partie du moins), qu’on y a non pas des racines, je ne suis pas un arbre, mais enfin, tout de même, quelques secrets cachés dans les ruelles, de la gomme de souliers sur le bitume, des rêves d’ailleurs si ancrés ici (je préfère encore être un bateau).
Cette ville est vieille, le pas s’y alourdit d’une torpeur pouilleuse, d’où le nom, Champagne pouilleuse, la vérité est toujours dans la contradiction. Il y a même des chevaux qui promènent en plein centre sans que cela ralentisse vraiment les automobiles – en même temps, quitte à, mieux vaut une calèche fatiguée qu’un de ces abominables petits trains à touristes des villes du sud.
La cathédrale est trop hautaine, St Urbain trop triste, St Pantaléon je n’ai jamais trouvé l’entrée, les autres innombrables se ressemblent, ma préférée reste Ste Madeleine et son jubé de dentelle et puis bon sang mais c’est bien sûr, la madeleine.
A chaque fois j’ai un peu l’impression de revenir visiter une vieille tante qui enfant m’aurait gâté de friandises et que j’aurais délaissé ensuite, sénile et barbante, j’ai un peu honte je crois alors je n’y amène personne.
Comme la ville est morte seul survit le commerce, c’est un paradis pour agences bancaires et pour coiffeurs-contrepéteurs, les billets tournent en vase clos pour raconter une fable d’avenir.
Quand tu vas en ville quelqu’un t’a vu, forcément, on te le dit ensuite, sans intention de nuire mais enfin on te le dit quand même, « tiens machin a cru t’apercevoir rue bidule », toujours, en chaque habitant sommeille une caméra de surveillance, tout le monde te connait, d’ailleurs tout le monde est cousin.
Ils ont rendu aux maisons à pans de bois de la grande rue leurs vives couleurs d’antan mais ça ne fonctionne pas, la grande rue ressemble désormais à un vieux tapin trop fardé qui fait sa jeunette malgré ses varices.
Le très petit et très beau musée d’art moderne était fermé, la Fnac était bondée.
On a parlé héritage, pas le mien évidemment, mais du mien j’ai quand même arraché de haute lutte la plus belle pièce, un porte-clé Pastis Duval du grand-père marqué au dos de l’adresse de son épicerie et de « téléphone : 38″.

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