et puis change de prénom, s’il te plait

Cher Frédéric Lefebvre,
Notre relation n’a longtemps été qu’incompréhension, je le reconnais.
Dans tes origines neuilléennes (un mot qui, on le remarquera sans mauvais esprit aucun, commence comme neuneu et finit comme hyène), dans ton faciès de vendeur de canapé Cuir Center, dans le fait que tu n’as jamais vraiment été élu nul part (adjoint à Garches, député suppléant de Santini ministré tout exprès), dans ta syntaxe digne d’un éditorialiste de Bilto, je n’ai d’abord su lire qu’un délabrement intellectuel rappelant avec nostalgie les heures chantantes de la droite des années trente aujourd’hui réhabilitées avec succès.
Pourtant, quand tu engueulais l’AFP qui ne reprenait pas avec assez de diligence les communiqués fleuris de l’UMP par toi rédigés, je me disais : allons, cet homme a une âme d’écrivain incompris et souffre de voir sa prose injustement ignorée, si ça se trouve on tient là le futur Destouches, le successeur de Morand, un héritier pour Chardonne.
Quand tu accusais les collectifs de défense des sans-papiers d’avoir insidieusement provoqué l’incendie du centre de détention de Vincennes, je me disais : allons, la détresse aveugle cet homme, il a dû craindre de perdre dans cet incendie quelque famille malienne qu’il désirait ardemment accueillir chez lui.
Quand tu expliquais que « la dénonciation est un devoir républicain« , je me disais : allons, il n’a pas tort, la dénonciation des injustices constitue un devoir pour chaque citoyen, c’est sûrement ça qu’il a voulu dire. Sûrement.
Quand tu assimilais Priscilla, 11 ans, téléchargeant illégalement le dernier M Pokora avec « les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés, les proxénètes et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs« , je me disais : en même temps, M Pokora c’est comme les OGM, on n’a pas encore le recul nécessaire pour mesurer les dégâts sur l’organisme des consommateurs.
Quand tu qualifiais de « solution innovante » la création de compagnies CRS dédiées aux moyennes sections de maternelle, je me disais : allons, ce garçon si antipathique devait déjà être stigmatisé dans sa plus tendre enfance, il veut empêcher que d’autres subissent les cruelles avanies dont il fut la victime (même légitime), c’est humain.
Quand tu proposais benoitement que les femmes enceintes, les cancéreux, les suicidaires et les handicapés travaillent quand même de chez eux sur la base d’un « volontariat » dont le libre arbitre, dans une société en crise accumulant plusieurs millions de chômeurs, semble difficilement appartenir au camp des salariés, je me disais : allons, après tout, il n’a peut-être pas tort, même un comportement récurrent de sociopathe décérébré n’a jamais empêché quelqu’un d’écrire des textes sur son ordi, d’ailleurs il en fournit la preuve chaque jour.
Bref, j’étais prêt à te trouver toutes les excuses.
Et bien, je te le dis tout net, la mansuétude commence à me manquer.

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