« Je pense que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédé dans le monde… Les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle. Il faut donc tâcher de la définir puisque je ne peux la nommer.
Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres ; ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine.
Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort.
Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche , au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance… que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?
Il ne brise pas les volontés mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître… »

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