presse qui roule amasse la mousse

(ou l’histoire incroyablement pas trépidante d’une conférence de presse à Munich un soir de demi-finale de coupe du monde)

H-10 Roissy 1, ou comment un anonyme responsable de la DDE qui venait de se faire larguer pour un huissier chauve a décidé un jour de dévier la gare RER « CDG1 » dudit bâtiment « CDG1 » de 5 bons kilomètres, juste comme ça, pour faire le con. Certes, un bus parcourt régulièrement ces 5 kms, mais 
– ça lui prend une bonne demi-heure
– il faut trouver le parking des bus bien caché derrière une sandwicherie moldave
– le bus ne s’appelle pas « Vers les navions » mais « ligne 5 RER Parc B Parc R Ter 2 », pour faire plus simple.

H-9 Dégustation du classiquissime mini-sandwich au pain de la Lufthansa, assis à côté de Thierry Gilardi avec lequel je n’ose engager la conversation vu que la seule chose qui me vient à l’esprit est « et quand tu salues Mougeote et Le Lay à l’antenne, tu penses à tes gosses qui chialent de honte devant leur télé, HEIN ? ». Et puis bon, la veille j’avais loupé Patrick Dupont et BHL à l’Hotel-Dieu, c’est pas un transfuge de L’équipe du Dimanche qui allait suffire à m’apporter ma dose de people.

H-7 L’hôtel Kempinski de Munich, ses faux airs d’assemblage de légos transparents, ses pots de géraniums montés en grilles de sudoku géantes, ses chambres à 400 euros moches comme des intérieurs de producteurs de porno libanais. Oui fraulein, c’est bon, je sais quel ascenceur prendre, c’est juste la 4654ème fois que je viens ici. Non, jamais on me propose de conférence à Bali. Oui, c’est balot.

H-6 Blocage de l’alarme anti-fumée de la chambre, bain moussant à l’avocat, confection d’une bombe à eau avec le shower cap, on s’occupe comme on peut.

H-5 Trajet en bus à travers la ville, dont les trottoirs sont entièrement reconvertis en terrasses à bière et écrans plats, parfaitement alignés. Grands bâtiments tous carrés, de couleur unie : l’architecture est la seule chose sobre en Bavière. Dans le bus, la chef communicante (appelons-la Brigitte)(tu sais qu’un des plus grands magazines féminins teutons s’appelle Brigitte ?)(bah voilà, t’auras appris quelque chose) se transforme en GO et se pique de distribuer des boissons, qui chavirent dans les virages, pantalons houblonnés, mouarf. « Tiens, c’est marrant, on dirait Barthez dans le bus à côté » que j’dis à mon voisin, qui ne comprends rien puisqu’il est anglais, alors je répète avec le meilleur accent d’Aymé Jaquet, « oh, ziz gaille in ze beuss loukss laïk Barthez ! », ce à quoi il me répond « OH FUCK, IT’S THE FRENCH TEAM BUS, OH FUCK, LOOK, ZIDANE, HENRY, OH FUCK !!!!! » ce qui se traduit à peu près par « saperlipopette, vous avez raison, il s’agit bel et bien de l’autobus de l’équipe de France de football professionnel, diantre, fichtre, parbleu, je n’en crois pas mes yeux, tant de chauves alignés, c’est beau comme un gang-bang tibétain ». Quota de people explosé.

H-4 Arrivée au lieu de la conférence, le siège du Bayern de Munich, dont l’essentiel des locaux est occupé par une immense taverne donnant sur de chatoyantes pelouses à la chlorophylle abondamment nourrie par des surdoses régulières d’urine houblonnée. Repérage du clan des journalistes français : 5 garçons à lunettes, raies de côté et chemisettes rayées (et même une ou deux moustaches), et une fille serrée de près. Impression tenace d’assister à un épisode du Miel et les abeilles. Les cadors roulent des mécaniques, vantant les mérites respectifs de leurs revues – des trucs bandants comme « Télécoms Interactive News » et « PDA Supermaster Online ». J’évite pour un temps de parler français de peur d’attirer leur attention ou, pire, leur sympathie. La bière comme refuge. Classique.

H-3 Début d’une conférence-pretexte vaseuse dont le thème est « comment ça serait trop bien de regarder la télé sur l’écran de 2×2 cm de son téléphone portable pour seulement 4654 euros mensuels alors qu’on a un Home-Cinéma flambant neuf chez soi ». Speakers finlandais, ne pas rire à l’accent, non non non, ne pas rire.

H-1 Buffet teuton « sehr typische », cochonailles et harengs fumés et pains noirs et fromages au cumin et bière. Hell à table. « On a préféré faire quelque chose de léger » dixit Brigitte. C’est sûr, y’a même pas de tartines à la graisse d’ours.

H Coup d’envoi d’Allemagne-Italie. Public présent : une centaine d’allemands tendus comme le string d’Helmut Koll, quelques ricains qui cherchent quel joueur est le quaterback, deux italiens penauds et une dizaine de français déjà vaguement ivre-morts. J’attrape un drapeau italien et explique à qui veut l’entendre (et en face)(malgré une haleine déjà compliquée) l’atroce vérité, à savoir que les ritals vont se faire dominer et marquer un but assassin en fin de prolongation. Moues dubitatives alentours, le teuton est optimiste de nature. Tant de naïveté, j’ai de la peine pour eux. Agitation frénétique et répétée du drapeau transalpin, pile devant l’écran.

H+1 L’attachée de presse munichoise vient m’arracher mon drapeau italien avec, au fond des yeux, l’envie d’envahir la Bohème et d’éradiquer quelques millions d’innocents. Je crois que je l’agace. D’ailleurs elle me sussure un truc en Allemand que mes faibles souvenirs scolaires m’inclinent à considérer comme une menace à peine voilée de me planter le drapeau dans le cul si je continuais. « Alles klar » que je réponds en allant fumer une cigarette. Un vieux truc de routier ça : en Allemagne, si vous vous faites engueuler dans un restaurant, qu’on veut détourner votre train pour la Pologne ou autre situation mal engagée, il faut s’éloigner paisiblement en disant « alles klar ». Bon, ça marche surtout dans les restos.

H+2 A deux minutes de la fin des prolongations, Grosso puis Del Piero donnent la victoire à l’Italie. Les Allemands nous expliquent que le bus pour l’hotel partira dans 5 minutes et que ça serait sympa de les laisser pleurer tranquillement maintenant, sans quoi ça va finir dans leurs larmes et notre sang. Beaux joueurs comme à l’accoutumée, les Français s’exécutent, non sans entonner un taquin « Wir fahren nach Berlin » salué comme il se doit d’une volée de canettes de bière pas toutes vides.

H+3 Mes nouveaux copains pour la vie de « Businessman Smartphone Weekly » se donnent rendez-vous à 8h pour aller visiter Munich au petit matin. Je leur signifie qu’il n’est pas nécessaire de m’attendre.

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