tant de cerveau disponible

J’ai su très tôt ce que je voulais faire dans la vie. Moi, je voulais faire Donald. Donald comme dans Donald Duck hein, pas comme dans Donald Rumsfeld. Personne n’a envie d’être dans Donald Rumsfeld. Ah, si, quelqu’un lève le doigt au fond de la salle ?! Vous viendrez me voir à la fin mon petit, juste pour une euthanasie, ça ne prendra qu’un instant et vous pourrez rentrer chez vous après. Bref.
Donald, c’était la coolitude absolue, la glande élevée au rang d’art de vivre. Il pouvait bosser très dur pour améliorer sa glande, il y avait quelque chose de professionnel dans sa fainéantise. Rien à voir avec ce vieux rat de Picsou, cette andouille de Dingo ou cette sombre merde fate de Gontran.
En plus, Donald, il sentait le cul de Daisy, la chieuse par excellence. Ça marque un destin ça, ça forge des armées de petits garçons attirés par les chieuses à derrière rebondi. Dolto peut aller se rhabiller avec la chemise à fleur de Carlos : les garçons veulent des Daisy, un point c’est marre. Bon, ok, j’en connais qui lorgnent plutôt sur des Mickey. Et pas pour les oreilles hein. Bref.
Manque de bol, arrivé à l’époque bénie où mon visage encore enfantin se mit à arborer les stigmates chamarrés d’une montée d’hormones socialement handicapante et esthétiquement dévastatrice, j’ai bien tout lu les brochures Onisep en noir et orange qui expliquaient en 796 pages limpides comme le mode d’emploi d’un A-380 le système scolaire hexagonal et corse, et là, il a fallu se rendre à l’évidence : les BTS spécialisés Donald se faisaient rares dans mon académie. D’où l’idée de chercher un plan B.
Passée une scolarité morne comme une banlieue provinciale (d’ailleurs ça se passait dans une banlieue provinciale)(t’as qu’à voir la mornitude du truc) dont le seul fait de gloire est d’avoir été renvoyé de maternelle pour casse-couillisme aigu, l’heure du plan B allait donc sonner. Le choix était clair. A droite, de longues années d’études intéressantes menant, au mieux, vers une prestigieuse carrière d’enseignant de cinquième à polo Lacoste et pantalon à pinces (velours en hiver, écossais en été). A gauche, des études chiantes comme un jour sans bière, avec des vrais morceaux de thermodynamique et de turbo pascal dedans, voie royale pour tout et n’importe quoi. Or, n’importe quoi, c’était pile-poil la number one top priority ASAP target de mon projet professionnel. A gauche toute donc, comme dirait Fabius pour faire le con.
Tu penses si ma mère, elle était fière. Déjà que j’avais été le premier de la famille à décrocher le brevet des collèges. Alors, après, c’était rien que du bonus. Ingénieur, wouaou, j’allais au moins construire des ponts ou des fusées ou bien des ponts spéciaux pour faire atterrir les fusées ou encore des fusées marrantes en forme de pont, qui sait ce qui allait jaillir de mon puissant cerveau d’ingénieur tout neuf qu’on voyait à peine les cicatrices de la greffe.
Oh, même moi j’y ai cru un instant. Plus qu’un instant, trois semaines exactement. Le temps d’obtenir mon diplôme de plus mauvais ingénieur de tous les temps de la Sarthe, avec mention spéciale du jury pour la plantation de séquoias millénaires dans ma paume gauche et pleins de points fidélité Max Havelaar gagnés à la cafétéria (qui s’est avérée ne pas être du tout mon bureau)(encore un truc qui n’était pas spécifié noir sur blanc au départ)(comment voulez-vous, aussi, avec des contrats de travail incomplets). Bref. La greffe, elle avait pas pris.
Suite à cette expérience professionnelle formatrice comme on dit après un bon gros désastre liquoreux, Saint Donald a mis sur mon chemin un vrai boulot de glandu, qui consiste à écrire des trucs pleins d’acronymes et de nombres à 7 décimales et aussi à battre des records d’improductivité. Mais bon, là, après Vivendi et des fonds de pensions amicaux (ils te brisent la nuque avant de te renvoyer, c’est sympa quand même)(quand je pense qu’on dit du mal d’eux)(maudits gauchistes), on commence vraiment à toucher le fond, et un rachat par TF1 est évoqué. C’est dire. Bref.
Mon problème est donc le suivant : comment continuer à faire croire à ma génitrice que j’appartiens à l’élite centriste de la nation quand le fin du fin de ma société réside désormais dans des quizz de cul, qui, j’ai vérifié parce qu’on ne me la fait pas à moi, me répondent tout de go que je suis une sorte d’hybride entre Rocco Sifredi et Edouard Baer, et ça, ma daronne, elle va pas le croire, même elle ça va la faire rire, c’est dire si on nage en plein délire et sans bouée encore, même pas une ceinture de pains de mousse orange, rien.
En conclusion, j’accepte toutes les propositions d’emploi vaguement rémunéré et ne demandant aucune compétence particulière. Je parle couramment une langue à jeun et cinquante-sept une fois bourré, j’ai une grapho de winner ultime, et j’ai su calculé des intégrales d’arctangente un jour. Je ne mendie pas, je voudrais juste rester digne et propre et garder mon abonnement à Canal parce que c’est bien maintenant qu’ils ont décliné leurs programmes sur quatre chaines on peut mater Katsumi fait sa joint-venture 6 fois par mois et en haute-dèf.
A votre bon coeur.
Je vous laisse, j’ai un brainstorming avec Carole Rousseau et Evelyne Dhéliat.

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