taïaut

La trouille.

Des angoissés, partout. Plus je regarde autour de moi, au plus près même, plus je constate, effaré, la proportion halucinante d’angoissés. Bloqués, coincés, écrasés par la flippe. Pas doués pour le bonheur, mais alors pas du tout. Tétanisés du relationnel. Des fuyants, des qui mettent les bouts dès que ça touche à l’os, dès que ça dure, dès que ça devient un quelque chose, ça, oui, à la pelle, j’ai plus de doigts pour les compter. En plus, je les attire, va comprendre. Ou alors, des qui font tout pour que ça foire, juste pour se conformer à leur schéma habituel. Des atteints du syndrome de la prophétie auto-réalisatrice. Je suis nul, je foire tout, alors vite, ce petit truc, là, qu’a l’air bien, sain, porteur, vite, le planter, le jeter, comme ça j’aurai bien raison, je serai nul, je foirerai tout. Implacable. Injuste, pour les mal accordés, les petit-bouloteurs, les vrais cabossés qui, eux, n’attendent que ça, d’avoir un truc bien qui leur passe à portée de main. Toute leur vie, des fois, ils attendent. Sans qu’une main ne se tende.

Alors, on s’demande, un truc tout con : comment ils faisaient, comment ils ont fait, nos parents, nos grands-parents, pour éviter ça. Pour être ensemble, pour supporter leur boulot, pour rester dans leur maison. Pas les soixante-huitards, ceux d’avant. Et puis même les soixante-huitards, beaucoup du moins, en vieillissant. Z’avaient pas la bougeote comme nous, pas aussi fort, pas pour tout. C’est pas qu’ils résiliaient naturellement comme des dingues. Simplement, il y a des questions qui ne se posaient pas. C’était comme ça, et pas autrement. Chape de plomb sur les traumas.

Donc, on s’demande encore, peut-être qu’il suffit d’être bien conditionné pour être heureux. Parce qu’ils le sont, souvent, heureux. Et quand ils ne le sont pas, limite on s’en veut, nous. De l’être, ou qu’ils ne le soient pas. Nous, est-ce qu’on a progressé ? Est-ce qu’on se tripote le nombril en croyant qu’on est juste victime colatérale d’un stade de conscience plus avancé, entrainant logiquement des exigences sinon supérieures, du moins différentes ? Non, je pense qu’on l’est vraiment. Plus conscients. On formule tout cela plus facilement. Ce dont il faudrait être sûr, c’est savoir si ça nous rend plus heureux pour autant. Parce que la conscience de l’insatisfaction, de l’incapacité, du surplace ou de la fuite n’importe où, merci bien. Sacré progrès de l’humanité. Chapeau Darwin. Faut la digérer, cette conscience, s’en faire une amie, l’aprivoiser, y puiser une force. Faut pouvoir les regarder en face, les traumas, ceux de quand on était petit, échappés quand on a soulevé la chape de plomb. C’est pas donné à tout le monde, quand on ne t’encadre pas de balises. Ceux qui ont du mal, qu’on n’a pas équipé pour, prennent le temps qu’il faut. Etudient à rallonge. Saccagent leurs premiers amours. Réalisent à force d’années qu’ils n’auront ni Nobel, ni Pulitzer, ni Palme. Qu’il n’y a nulle place où fuir, ni de raison de le faire. Trouvent leurs tuteurs à eux. On se reposera quand on sera mort. En attendant, fonçons dans le tas, je dis. De l’action, de la parole, de la création, tout est bon à prendre, et vaut mieux que la trouille.

« Le premier tranquillisant que l’’homme ait inventé, c’’est le silex taillé »

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